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Pourquoi tant d'acharnement contre Papa Freud? L'entreprise Michel Onfray ne se cache pas de faire depuis longtemps de l'anti-philosophie. Au décours de sa patiente et systématique déconstruction des systèmes religieux et philosophiques qu'il resitue toujours dans leur contexte historique, il lui arrive de déboulonner de temps à autre de leur piédestal certaines grandes figures en puisant dans leur biographie et en stigmatisant les contradictions entre l'oeuvre et l'homme. Ce procédé anecdoctique quelque peu voyeuriste, in fine, n'apporte rien de plus la plupart du temps. Alors pour expliquer une telle insistance, force nous est de penser qu'il s'agit d'un réglement de compte par personnes interposées sous la pression d'une compulsion de répétition. En quelque sorte une forme particulière de trouble obsessionnel-compulsif. Gourou iconoclaste affiché, prônant l'utilitarisme et l' hédonisme comme des fins en soi, il n'a de cesse de jubiler et de fasciner ses adeptes en revisitant les fondements des croyances et des sciences pour en démasquer l'imposture, les faiblesses, les contradictions puisées au sein de l'oeuvre et de la vie des penseurs de l'humanité. Cette volonté systématique à déconstruire, rabaisser, relativiser les grands concepts qui régissent les affaires des hommes semble chez Michel Onfray tourner à la monomanie. Une telle constance pourrait s'expliquer par une volonté de toute-puissance dyonisiaque issue de l' idéologie nietzchéenne dont il se réclame. Rien n'est plus aisé que de démolir les assertions des dogmes religieux et les concepts des sciences philosophiques qui ne sont, somme toute, que des points de vues, des manières d'être et de faire. Nul besoin de culture pour cette tâche destructive que tout adolescent en mal de pouvoir sait parfaitement accomplir en raison du principe kantien qui veut que des goûts et des couleurs, on ne discute pas. Mais, il faut le reconnaître, Onfray le fait avec panache, d'où certainement son succès auprès d'un large public qui n'a pu se frotter profondément aux classiques. Travailleur acharné et touche-à-tout, Onfray semblait, à l'écouter, ces derniers temps quelque peu s'essouffler. En effet, une fois la tâche accomplie brillamment, fort de sa cinquantaine de livres et de ses centaines de conférences, il ne lui restait plus grand chose de bien croustillant à offrir à ses fans sinon la posture ennuyeuse d'un radoteur éloquent. C'est alors, peut-être, que lui vint l'idée de s'en prendre à une autre science molle, curieusement toujours en vogue en ces temps modernes: la psychanalyse. En choisissant, dans son dernier livre[1], un angle d'attaque au-dessous de la ceinture sur la personne de Papa Freud, Onfray s'est comporté soit comme un provocateur soit comme un pigiste aigri, sadique ou jouisseur travaillant pour un journal à scandales. C'est son mystère ou sa faille. Ainsi révèle-t-il au grand jour, sans pourtant être un scoop, tous les détails, plus ou moins scrabreux et peu glorieux, de la vie de cet homme exceptionnel qui n'en était certainement pas moins ordinaire au vu de ses préoccupations triviales pour l'argent, le sexe et la renommée. Freud, contrairement à Onfray, a eu manifestement le grand tort de trop parler et surtout de laisser des traces écrites sur ses préoccupations bassement matérialistes. Mais alors qu'anime donc Michel Onfray, cet érudit de l'histoire des religions, de la philosophie et des sciences humaines? Pour le savoir, il semble intéressant de pratiquer sa propre méthode qui consiste à resituer l'oeuvre et le sujet dans sa propre histoire[2]. Comment s'est-il construit? De quel milieu est-il issu? Quelles sont les influences positives et négatives qu'il a pu subir dans sa jeunesse? Quels sont ses éventuels traumatismes? Quels étaient ses rapports avec ses parents, sa fratrie, ses camarades, ses enseignants, ses professeurs, ses maîtres à penser? Je ne
suis pas biographe et je ne m'en donnerai pas la peine. Je me contenterai
seulement de reprendre les quelques éléments qu'il a bien voulu nous servir
sur son enfance broyée par sept années de pensionnat. Sorti de cette époque
éprouvante, Onfray se décrit comme un mort-vivant qui ne retrouvera ses
forces qu'en développant au fil des années une aversion, une haine farouche
contre l’autorité. Ladislas Kiss (psychiatre). [1]Le
crépuscule d'une idole: l'affabulation Freudienne. Ed. Grasset, 2010.
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