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La précocité intellectuelle de l’enfant Certains attribuent
l’intérêt porté aux enfants précoces intellectuellement, qui représentent
2,3% de la population ayant un QI supérieur à 130, à un effet de mode.
À notre avis, il reflète plutôt le résultat d’un bien meilleur repérage,
d’une plus grande information dans les mass media et de réels succès dans
leur prise en charge pédagogique et clinique. Les exemples à l’étranger
pourraient également enrichir les réformes du système éducatif français
au regard des enfants intellectuellement précoces. C’est pourquoi nous
avions initié en 2007 des groupes de parole au sein de l’AFEP (Association
Française pour les Enfants Précoces) afin d’étudier au plus près les préoccupations
et le vécu des personnes adultes concernées par la précocité intellectuelle
(parents, fratrie, enseignants, éducateurs, psychologues, psychiatres,
pédiatres). Ces groupes d’adultes s’adressaient aussi bien à d’anciens
enfants précoces qu’à des parents d’enfant précoce sensibles à la brutalité
de notre monde généralement assez peu ouvert à leur complexité et à leur
sensibilité. L’expérience fut extrêmement enrichissante et a permis de
comprendre combien il serait utile de poursuivre et d’élargir des initiatives
de ce genre. Il semble qu’il soit vraiment nécessaire aux anciens enfants
précoces de pouvoir rencontrer de temps à autre quelques âmes sœurs en
vue de se revitaliser sans pour autant promouvoir le regroupement communautariste
ou sectaire qui n’aurait valeur que d’un souci sécuritaire prenant la
forme d’un repli entre soi des plus stérilisants. Mais pour certains d’entre eux, vraiment rebelles à l’encadrement et aux conseils, laissons-leur le choix de faire leurs expériences aussi non conventionnelles ou douloureuses soient-elles, en gardant toujours confiance en eux et en leurs capacités à savoir saisir plus tard les bonnes opportunités que la société sera capable de leur offrir. En effet rien n’est plus néfaste pour un individu que d’avoir eu le sentiment d’avoir été incompris, délaissé, négligé, trompé ou maltraité durant son enfance, que ce soit passivement ou activement, tant par ses parents que par le corps enseignant ou la société. Ces divers sentiments et ressentiments peuvent le conduire à choisir selon les cas les voies de l’autodévalorisation, de l’agressivité, de la rébellion, de la subversion, de l’amertume, de la culpabilité, de la dépression ou du cynisme qui vont toutes inexorablement à l’encontre d’un développement personnel et relationnel équilibrés. Pour aider un enfant précoce en difficulté, il est indispensable de ne jamais perdre confiance en ses capacités sans toutefois oublier de l’informer régulièrement de manière bienveillante des diverses règles du jeu de la vie, et lui laissant vivre une enfance « insouciante » et en attendant patiemment l’éveil parfois très tardif de sa maturité psychoaffective. Françoise Dolto dans La cause des enfants avait parfaitement mis en avant à quel point les conflits psychiques des enfants sont susceptibles d’interférer sur leur l’exploitation de leurs capacités intellectuelles. « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage », telle devrait être la devise de tout parent ou enseignant ayant en charge un enfant précoce en difficulté scolaire ou relationnelle et ayant à cœur de l’aider vraiment à accéder à l’autonomie et à se réaliser harmonieusement. On ne peut pas protéger les enfants de tous les aléas douloureux de la vie. Faisons au moins de notre mieux pour faire ce qui est en notre pouvoir Docteur
Ladislas KISS Retour |