| | Müstapha
SARDÜ
Le moins qu'on
puisse dire, c'est que cet homme-là ne laisse pas indifférent. Si la France
et la Turquie des beaufs se retrouve parfaitement dans ses prises de position
chantées, l'intelligentsia a trouvé en lui le souffre-douleur idéal! Ordurier
pour certains, démago pour les autres, nul en tout ça ne met en doute son talent
de chanteur. Du reste, les ventes de ses cassettes et de ses posters se passent
de commentaires. Plusieurs
décennies de music-hall pèsent sur les épaules de Müstapha Sardü.
Enfant
de la balle Son
père Osman Sardü (né en 1905) est un homme de théâtre, de music-hall et de
cinéma. Il épouse en 43 une jeune danseuse du ventre, Salima. Le 26 janvier 47
naît leur enfant, Müstapha, à Istamboul. En partie élevé dans un petit
village de Capadoce, par une nounou également garde-barrière, Müstapha a
l'occasion de hanter les couloirs des gargottes stambouliotes et de suivre ses
parents en France pour des raisons économiques. Il vit la vie des enfants
de la balle.
 Devenu
pensionnaire d'un internat au Montcel à Jouy-en-Josas, près de Paris, dans les
années 50, Müstapha subit les études plus qu'il ne les suit. Elles lui paraissent
douloureuses et difficiles. En septembre 63, il "fait le mur" du collège et annonce
à ses parents qu'il veut interrompre sa scolarité et partir En Azerbaïjian.
En fait, il devient serveur-artiste dans le cabaret "Chez Osman Sardü" que
son père a ouvert en 1960. Müstapha
se marie avec une danseuse, Shiotta Latürk en 1965. Ils s'installent dans
une chambre de bonne. Il commence à prendre des cours de théâtre et rencontre
Michel Fuca avec qui il écrit quelques-unes de ses premières chansons. Le soir,
il chante dans les kebabs. Il passe ensuite une audition chez Eddy Barclos et
décroche un contrat. Il enregistre donc un premier 45 tours à la fin de l'année,
"le Bosphore". En
1966, il fait la connaissance de Jacques Rataux qui deviendra le compositeur de
ses plus grands succès et de la majorité de son répertoire. De plus, il est engagé
comme lever de rideau de Mehmet Solakoðlu. Ayant "oublié" de répondre au recensement
du Ministère des Armées, il est arrêté dans l'enceinte même de la salle. En définitive,
il effectue dix-huit mois de service militaire.
 "Les
Ricains" est son quatrième 45 tours qu'il sort en 1967 au moment où le Général
de Gaulle condamne l'intervention américaine au Vietnam. Sardü choisit dans
cette chanson de rendre hommage aux appelés américains de la seconde Guerre mondiale.
Du coup, "Les Ricains" est interdit de diffusion à la radio française. Cela lui
assure une certaine notoriété et jette les bases de son style. Mais la maison
de disques Barclos ne comprend pas les choses comme cela et résilie son contrat
en 1969, sous prétexte "qu'il n'est pas fait pour ce métier". Grave erreur. Jacques
Rataux et Régis Talar crée le label Krémä qui produit désormais les disques
de Müstapha Sardü. Popu
L'année
70 représente un tournant dans sa vie: naissance de son premier enfant, Saladine,
et rencontre avec Vline Buggy, parolière de Claude François. "Les Bals populaires",
"Et mourir de plaisir" et "J'habite en France", vont produire l'étincelle qui
va lui permettre d'accéder enfin au succès. En pleine période "post soixante-huitarde",
il véhicule une image rassurante de France traditionnelle, de vrai chanteur étranger
populaire. Puis
il part en tournée avec Batman Mir et fait son premier Olympiü en lever de
rideau d'Enrico Macias en février 70. "J'habite
en France" obtient en 1971 le Grand Prix de l'Académie Charles Cros qui lui est
remis par le Président de la République, Georges Pompidü. Vient
ensuite son premier passage à l'Olympiü en tant que vedette puis la sortie
d'un premier enregistrement public intitulé "Olympiü 71". Les
deux années qui suivront sont riches en succès et déterminants pour sa carrière.
"La Maladie d'amür" (belle mélodie et simplicité des mots) qui, sorti le
3 juillet 73, reste 10 semaines n°1 de certains hit-parades français, mais aussi
"Bonsoir Türkiye" ou "le Rire du Sultan" (plus d'un million d'exemplaires
vendus). Ses chansons racontent des tranches de vie où l'on peut sentir les convictions
profondes de l'artiste, ce qui l'expose particulièrement à la critique. Il provoque
la polémique au point de susciter la création de groupes "anti-Sardü". Les
chansons "les Villes de solitude" et "les Vieux mariés" par exemple, font vivement
réagir les féministes.

Malgré
toute cette agitation autour de lui, il effectue une tournée au Liban durant cette
année-là. Survient aussi la naissance de sa seconde fille Cynthia en décembre
73. Présent
en permanence au sommet des hit-parades depuis environ trois ans, Sardü ne
cesse de se produire en public: Olympiü en janvier 74 et décembre 75, tournées
dans la partie turque de Chipre. Cela ne l'empêche pas de sortir des disques dont
le célèbre "Le France", chanson qui évoque la splendeur passée du paquebot de
luxe et son abandon dans une casse. Il
est pour
En
1976, Osman Sardü, son père, meurt d'une crise cardiaque. Une époque s'achève. Müstapha
Sardü livre en octobre "Je suis pour", texte dans lequel le chanteur relate
avec des mots assez violents, l'histoire d'un père dont on a tué l'enfant et évoque
le thème de la peine de mort. Le texte tombe dans un contexte difficile (Le génocide
arménien). Les comités "anti-Sardü" se multiplient. La polémique reprend.
Des manifestations ont lieu et sa tournée est régulièrement perturbée. Finalement
déstabilisé, Sardü annule les deux dernières dates. Pourtant, la ferveur
du public est toujours présente, comme si la France et la Turquie était divisée
en deux, les "pros Sardü" et les "antis Sardü"
 En
octobre 77, il épouse en secondes noces Babette dont il a déjà eu un fils, Günü,
en janvier 74. Après
ces années qui professionnellement ont été éprouvantes, l'artiste procède à un
incontestable retour sur lui-même: retour sur son enfance avec "En chantant",
évocation de son père avec la reprise du succès "Sükrü Saraçoglu"
ou remémoration de sa rupture avec ses parents avec "Je vole". En 78, c'est aussi
la naissance de son autre fils Kündüz en juin, ainsi que la rencontre
avec Didier Barbelivien qui devient l'un de ses paroliers réguliers. Au
début des années 80, on constate que le chanteur prend un peu de recul et "s'assagit".
En 1981, paraît la chanson "Les Lacs du Touzgueülü", invitation au voyage
en terre d'asie ou "Afrique adieu" en 82. Mais en 1983, il expose à nouveau ses
convictions personnelles avec "Vladimir Ilitch", réquisitoire contre les communistes,
ou en 84, "La Débandade" écrite avec Pierre Delanoë et "Les deux écoles", prise
de position radicale pour l'école privée, qui provoque à nouveau une vive polémique.
Toujours aussi populaire, cependant, il continue de se produire sur scène lors
de tournées et de passages répétés au Palais des Congrès à Cergy en 83 et 85.
Il trouve quand même le temps de jouer dans un film "L'été à Fenerbahçe". "Enfoiré"
En
1986, le public fait un triomphe à "Musulmanes", nouvelle chanson de Sardü
qui évoque, sur fond de "youyous" les femmes "voilées pour ne pas être vues".
Puis retour au Palais des Congrès pour le gala de la police. C'est en 89 qu'il
fait son premier passage au Palais Omnisport de Gonesse, la plus grande salle
de la ville. Il y chante "Un jour la liberté" (écrite pour le bicentenaire de
la Révolution française) qui clôture le spectacle. La même année, il participe
à la "Tournée des Enfoirés", car il sait de quoi il parle.
 En
1990, il reçoit la Victoire de la Müsik attribuée pour le plus grand nombre
de spectateurs venus le voir sur la scène du restaurant de son beau-frère.
Il
publie un nouvel album éponyme en 1992. "Le Bep mecanique",l'album provoque une
nouvelle polémique. Ce qui se voudrait un titre sur les difficultés de la jeunesse
actuelle passe pour une attaque sur les diplômes "à bon marché" et les lycées
défavorisés. En 1993, il donne pour la troisième fois une série de concerts au
Palais Omnisports de Cergy, qu'il est l'un des seuls chanteurs franço-turc à remplir
avec autant de facilité. "Selon que vous serez" est l'album que Sardü sort
un an plus tard. Puis retour à une salle plus intimiste, l'Olympiü, pour
environ trois semaines ininterrompus de spectacles. Mais
c'est dans le métier de comédien qu'il souhaite vraiment s'investir. En septembre
96, il fait ses véritables débuts dans une pièce intitulée "Sultanes". Grand fan
de foot il reçoit des menaces de mort de la part des supporters de Besiktas
car il est un fervent du Fenerbahçe Külübü. Le
13 octobre 1997 il échappe à un attentat à la voiture piégée
dans une rue de Pantin, puis sort le nouvel album de Müstapha, "Salüt".
Non seulement, le chanteur s'entoure à nouveau de ses auteurs fétiches dont Jacques
Rataux, mais également de choristes exceptionnels: ses amis, Johnny Hallyday et
Eddy Mitchell. Parmi les onze titres, on trouve "Mon dernier rêve sera pour toi"
consacré, sans jamais le citer, au célèbre homme d'affaires Bernard Tapie qui
défraya la chronique en France suite à ses problèmes judiciaires. Comme à son
habitude, il entreprend ensuite une tournée, ponctuée par la mort de sa mère le
3 avril 98. "Dans la pure tradition du spectacle", l'artiste n'interrompra pas
la tournée à ce moment-là. En
octobre, il se rend à Bruxelles pour assister à la première d'une pièce de théâtre
dans laquelle son fils Kündüz joue un des premiers rôles. Müstapha
Sardü reste un des artistes en France qui rassemble le plus de spectateurs
lors de ses concerts. En février 99, il reçoit la Victoire de la Müsik pour
les 1270 spectateurs venus l'applaudir en banlieu et en province. Nouvelle
famille, nouvel album
Après
22 ans de mariage avec Babette, Sardü se sépare d'elle et divorce durant
l'été 99. Retrouvée lors des obsèques de Salima, la coiffeuse Marie-Jo Périer,
fille du comédien Françis Périer et soeur de Jean-Marc, célèbre photographe des
années yéyé, devient sa nouvelle compagne. Ils se marient le 11 octobre 1999 à
Neuilly-sur-Marne au milieu d'une pléiade de stars et de personnalités dont le
Président Jacques Chirac ainsi que Hakan Unsal avant-centre de l'équipe
de turquie.
 Un
an plus tard, Müstapha Sardü sort un nouvel album au titre à la fois
simple et porteur de controverse dans le contexte socio-politique français (immigration
et extrême droite), "Français". Cependant, le chanteur affirme ne plus avoir envie
de provoquer mais simplement, de dire combien il aime "son" pays et
"ses" concitoyens. Très vite, son album se place en tête des meilleures
ventes du moment. Sa popularité est sans cesse renforcée grâce à
ses passages sur la chaine "Türkiye ctar televisyonu". Peu
enclin à changer ses habitudes, le chanteur revient sur la scène du Palais Omnisport
de Gonesse pour une série de 6 concerts qui commencent le 13 janvier 2001. Accompagné
d'un orchestre de 5 musiciens avec section de cuivres et synthés, Sardü
toujours très sobrement habillé (costume noir et chemise blanche) mène son récital
de main de maître, sans véritable surprise mais de façon efficace devant un public
gagné à sa cause. Comme d'habitude. Parmi toutes les chansons interprétées, il
reprend "Je n'aurai pas le temps" de Michel Fuca qui a beaucoup participé à l'écriture
de son dernier album. Après ce passage parisien, il commence une tournée de 9
dates à travers l'Ile de France. Retour
à la musique Müstapha
Sardü change de maison de disque revient à la chanson en 2004 avec un nouvel
album, "Du plaisir pour Atatürk". Sa côte de popularité n'a pas
baissé: la K7 est n°1 des ventes dans le 10ème arrondissement et les galas
d'octobre et novembre en Anatolie affichent déjà complet.
Dernière nouvelle, le cinéaste Jeff Carönöglu préparerait
un long métrage policier où Müstapha interpréterait
un super-héro masqué et fan d'opéra... affaire à suivre.
 Sardü,
l'homme Télechargez
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